Quel régime de retraite pour les indépendants ?
Depuis le 1er janvier 2020, le Régime Social des Indépendants (RSI) a été supprimé et intégré au régime général. Les travailleurs indépendants relèvent désormais de la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI), gérée par l'Assurance Maladie et l'Assurance Retraite. Comme le précise Service-Public.fr, cette intégration a standardisé les règles mais n'a pas totalement effacé les spécificités du régime.
Selon le statut, le régime de retraite varie :
| Statut | Retraite de base | Retraite complémentaire |
|---|---|---|
| Artisans, commerçants | SSI (régime général) | RCI (régime complémentaire des indépendants) |
| Auto-entrepreneurs (commerce/service) | SSI (régime général) | RCI |
| Professions libérales réglementées | CNAVPL + section professionnelle | Caisse propre (CARPIMKO, CAVP, etc.) |
| Avocats | CNBF | CNBF |
| Agriculteurs | MSA | MSA complémentaire |
Comment valide-t-on des trimestres en tant qu'indépendant ?
Pour les artisans et commerçants, la validation des trimestres dépend du revenu annuel déclaré, et non du chiffre d'affaires. Le seuil pour valider un trimestre est identique à celui des salariés : 150 fois le SMIC horaire, soit environ 1 728 euros de revenu net par trimestre en 2026.
Le calcul de la pension de base pour les indépendants
Depuis l'intégration au régime général, les indépendants voient leur pension de base calculée selon la même formule que les salariés :
La différence principale réside dans le Salaire Annuel Moyen (SAM) : pour les indépendants, c'est la moyenne des 25 meilleures années de revenus nets déclarés (bénéfice imposable), et non de salaires bruts. Les années de faibles revenus, très fréquentes en début d'activité ou lors de crises, pèsent lourd dans ce calcul.
La retraite complémentaire des indépendants (RCI)
Les artisans et commerçants cotisent également au Régime Complémentaire des Indépendants (RCI), qui fonctionne par points, comme l'AGIRC-ARRCO des salariés. Les cotisations représentent environ 7 % du revenu net dans la limite du plafond de la Sécurité Sociale.
Le cas spécifique des auto-entrepreneurs : une retraite souvent très faible
C'est le point le plus préoccupant. Un auto-entrepreneur avec un chiffre d'affaires de 20 000 euros par an en activité de services valide 4 trimestres annuels, mais ses cotisations retraite représentent environ 1 400 euros par an (6,9 % du CA). Sur 20 ans d'activité, la pension de base générée sera de l'ordre de 400 à 600 euros par mois seulement.
| CA annuel auto-entrepreneur (services) | Trimestres validés | Pension base estimée après 20 ans |
|---|---|---|
| 10 000 € | 2 à 3 | ~200 €/mois |
| 20 000 € | 4 | ~450 €/mois |
| 40 000 € | 4 (plafonnée) | ~700 €/mois |
Les stratégies pour compenser une retraite faible
Ouvrir un PER (Plan d'Épargne Retraite)
C'est la priorité absolue. Les indépendants bénéficient d'un plafond de déduction très avantageux : jusqu'à 10 % du bénéfice imposable + 15 % sur la fraction entre 1 et 8 PASS. Un indépendant gagnant 40 000 euros peut déduire jusqu'à 10 000 euros par an. Voir notre guide complet sur le PER →
Vérifier et compléter son relevé de carrière
Le passage du RSI au SSI a généré de nombreuses erreurs d'enregistrement. Consultez régulièrement votre relevé sur info-retraite.fr et signalez toute anomalie à votre CPAM.
Considérer le changement de statut
Pour les indépendants à revenus stables et élevés, le passage en société (SASU, EURL avec rémunération de gérant) permet de cotiser comme un salarié, avec des droits retraite plus solides, au prix de cotisations sociales plus élevées.
Envisager l'immobilier locatif
Un patrimoine immobilier générant des loyers complète efficacement une retraite faible. Le statut LMNP (Loueur Meublé Non Professionnel) offre une fiscalité avantageuse particulièrement adaptée aux indépendants.
Rachat de trimestres pour les indépendants
Les indépendants peuvent racheter des trimestres au titre des années d'études supérieures ou des années d'activité incomplètes, dans les mêmes conditions que les salariés. Le coût est calculé sur la base du revenu déclaré les trois dernières années. Pour les indépendants ayant eu des revenus faibles en début d'activité, ce rachat peut être moins coûteux que pour un salarié bien rémunéré.
La retraite des auto-entrepreneurs est le sujet tabou du débat sur l'entrepreneuriat en France. On encourage massivement la création en micro-entreprise, mais on oublie de dire qu'un auto-entrepreneur à 25 000 euros de CA pendant 30 ans percevra environ 550 euros de retraite mensuelle, contre 1 400 euros pour un salarié au même niveau de revenu net. L'écart est structurel et tient au mode de calcul des cotisations. Notre recommandation est claire : dès la première année d'activité, versez au minimum 5 % de votre chiffre d'affaires dans un PER. Ce réflexe, pris tôt, peut doubler votre revenu à la retraite.