TNS ou assimilé salarié : la ligne de partage
Le régime social, donc la retraite, découle de la forme juridique et de la part détenue. Le gérant majoritaire de SARL et l'entrepreneur individuel sont TNS : ils cotisent à l'assurance retraite des indépendants (base alignée sur le régime général, complémentaire des indépendants en points), avec des cotisations plus faibles mais des droits complémentaires souvent moindres. Le président de SAS/SASU et le gérant minoritaire ou égalitaire de SARL sont assimilés salariés : mêmes régimes qu'un cadre du privé, base plus AGIRC-ARRCO, cotisations plus élevées mais retraite complémentaire généralement plus généreuse.
La conséquence est directe sur la complémentaire : un président de SAS accumule des points AGIRC-ARRCO comme un cadre, là où le gérant majoritaire alimente le régime complémentaire des indépendants, dont le rendement et les règles diffèrent. À revenu identique, l'assimilé salarié construit souvent une meilleure complémentaire, au prix de cotisations sensiblement supérieures.
Le piège des dividendes et de la faible rémunération
L'optimisation fiscale de court terme se retourne souvent contre la retraite. De nombreux dirigeants se versent une rémunération minimale complétée de dividendes pour alléger les cotisations sociales. Or les dividendes ne génèrent aucun droit à la retraite (pour l'assimilé salarié ; pour le TNS, seule la fraction de dividendes dépassant 10 % du capital est soumise à cotisations). Résultat : des années de faible rémunération valident peu de trimestres, un SAM ou un revenu de référence bas, et une complémentaire réduite.
Le calcul est piégeux : économiser des cotisations aujourd'hui, c'est amputer sa pension à vie. Un dirigeant qui se verse durablement moins que le plafond de la Sécurité sociale plafonne mécaniquement sa retraite de base et se prive de points sur la tranche haute. Avant d'arbitrer salaire contre dividendes, il faut chiffrer l'effet retraite sur le long terme, pas seulement l'économie sociale immédiate.
Construire sa retraite de dirigeant
Plusieurs leviers complètent les régimes obligatoires, souvent insuffisants pour maintenir le niveau de vie d'un dirigeant. Le PER, individuel ou d'entreprise, permet de déduire des versements du revenu imposable, avec des plafonds majorés pour les TNS (plafond spécifique indexé sur le bénéfice). Les contrats de retraite supplémentaire d'entreprise (article 83, PER obligatoire) offrent un cadre collectif avantageux, y compris pour le dirigeant assimilé salarié.
Pour le dirigeant TNS, les anciens contrats Madelin (fermés depuis 2020 mais transférables vers un PER) ont pu constituer un socle. En fin de carrière, la date de cession de l'entreprise et l'articulation avec la liquidation méritent une planification fine : céder puis liquider, ou l'inverse, n'a pas les mêmes conséquences fiscales et sociales. Un bilan retraite plusieurs années avant la cession est vivement recommandé, tant les paramètres sont propres à chaque situation.
Le choix TNS contre assimilé salarié est souvent fait pour des raisons fiscales ou de gouvernance, sans mesurer l'impact retraite, qui est pourtant majeur et définitif. Notre conviction : aucun statut n'est universellement meilleur, mais tout dirigeant doit connaître le sien et ses conséquences. Le vrai danger n'est pas le statut, c'est la stratégie « petite rémunération plus gros dividendes » menée pendant vingt ans, qui construit une retraite squelettique. Notre conseil : traitez votre rémunération comme un arbitrage de long terme intégrant la retraite, alimentez un PER de façon régulière pour lisser l'effort et l'avantage fiscal, et faites un bilan retraite avant toute cession. L'économie de cotisations d'aujourd'hui a un prix, payé chaque mois pendant toute la retraite.
Sources et limites
Les montants et conditions évoluent chaque année et dépendent de votre régime, de votre âge et de votre carrière. Vérifiez votre situation personnelle avant toute démarche.