Des règles opposées à celles du régime de base
Beaucoup de veufs et veuves découvrent avec surprise que leurs deux réversions suivent des logiques inverses. Au régime de base : 54 %, sous plafond de ressources strict, mais le remariage n'est pas un obstacle. À l'AGIRC-ARRCO : 60 % des points du défunt, sans condition de ressources, quels que soient vos revenus ou votre pension personnelle, mais le remariage fait perdre le droit définitivement, sans rétablissement possible même en cas de nouveau veuvage ou de divorce.
Conséquence pratique : un conjoint survivant aux revenus confortables, exclu de la réversion de base par le plafond, conserve intégralement sa réversion complémentaire, souvent substantielle si le défunt était cadre. À l'inverse, un remariage coûte la réversion AGIRC-ARRCO à vie, un paramètre patrimonial à peser lucidement. Le concubinage et le PACS, eux, ne suppriment pas le droit acquis, mais rappelons qu'ils n'ouvrent jamais de réversion : seul le mariage compte, à l'AGIRC-ARRCO comme ailleurs.
Âge, enfants à charge, ex-conjoints : les conditions fines
L'âge d'ouverture est fixé à 55 ans. Deux situations l'effacent : le conjoint survivant ayant au moins deux enfants à charge au moment du décès perçoit la réversion sans condition d'âge (elle est alors maintenue tant que la charge d'enfants perdure, puis se poursuit), de même que le conjoint invalide. Les orphelins des deux parents ont un droit propre : chacun peut percevoir 50 % des points de chaque parent décédé, jusqu'à 21 ans, prolongé jusqu'à 25 ans en cas d'études ou sans limite en cas d'invalidité.
En présence d'ex-conjoints divorcés non remariés, la réversion est partagée avec le conjoint survivant au prorata de la durée de chaque mariage, comme au régime de base. Les majorations suivent les points : la majoration pour enfants nés ou élevés du défunt se répercute sur la réversion, dans les limites propres au régime. Enfin, les points issus d'une éventuelle seconde pension de cumul emploi-retraite du défunt n'ouvrent pas de réversion, une exception récente à connaître.
Demander et cumuler la réversion complémentaire
La réversion AGIRC-ARRCO ne se déclenche jamais seule : elle se demande, idéalement via la demande unique de réversion en ligne sur info-retraite.fr, qui saisit tous les régimes du défunt en une fois, ou directement auprès de l'AGIRC-ARRCO. Pièces habituelles : acte de décès, acte de mariage, pièces d'identité, RIB, et justificatifs des enfants à charge le cas échéant. La date d'effet dépend de la rapidité du dépôt : ne tardez pas, les rappels rétroactifs sont limités.
Côté cumul, la réversion complémentaire s'ajoute sans écrêtement à vos propres pensions et revenus : elle n'entre pas non plus dans le calcul du plafond de ressources de la réversion de base, un point que les caisses vérifient d'office mais qu'il est utile de connaître. En cas de refus ou de calcul contesté, l'AGIRC-ARRCO dispose de voies de recours internes ; le point le plus souvent litigieux reste la reconstitution des points du défunt, d'où l'intérêt de conserver ses relevés, y compris après un décès. Notre guide général de la pension de réversion couvre l'articulation complète base plus complémentaire.
La réversion AGIRC-ARRCO est à la fois la plus généreuse du système (60 %, sans condition de ressources) et la plus binaire : tout se joue sur le mariage et le non-remariage. Notre conseil pour les couples : intégrez cette asymétrie dans vos choix de vie autant que dans vos calculs. Pour un couple non marié dont l'un a une grosse complémentaire de cadre, le mariage est, froidement, une assurance-décès gratuite de plusieurs centaines d'euros mensuels pour le survivant. Pour un veuf ou une veuve qui envisage de se remarier, chiffrez d'abord ce que le remariage supprime, la perte est définitive et souvent sous-estimée. Et dans tous les cas, déposez la demande unique de réversion vite : chaque mois de retard est difficile à rattraper.
Sources et limites
Les montants et conditions évoluent chaque année et dépendent de votre régime, de votre âge et de votre carrière. Vérifiez votre situation personnelle avant toute démarche.