Ce que change la réforme des 25 meilleures années
Jusqu'en 2025, la retraite de base agricole se calculait sur la moyenne de tous les revenus de la carrière, ce qui pénalisait lourdement des parcours marqués par les aléas climatiques, sanitaires et de marché : une année de sécheresse ou d'effondrement des prix tirait la pension vers le bas pour toujours. Depuis le 1er janvier 2026, seules les 25 meilleures années sont retenues, écartant les périodes les plus difficiles.
Un dispositif transitoire gère l'absence de données anciennes : les revenus individuels n'étant pleinement disponibles que depuis 2016, la MSA distingue deux périodes. Pour les années avant 2016, ce sont les meilleures années en points qui sont retenues ; pour les années après 2016, les revenus réels. La réforme s'applique aux pensions liquidées à compter de 2026, avec une clause de sauvegarde : pour les départs entre 2026 et 2027, un recalcul interviendra en 2028, aboutissant soit à la confirmation, soit à la revalorisation du montant.
Base, complémentaire et minima agricoles
La retraite agricole comporte plusieurs étages. La retraite forfaitaire et proportionnelle constitue la base, désormais calculée sur les 25 meilleures années. S'y ajoute la retraite complémentaire obligatoire (RCO), en points, créée pour relever le niveau des pensions agricoles. Pour les carrières complètes, plusieurs garanties de pension minimale existent, notamment le complément différentiel de RCO qui porte la pension totale d'un chef d'exploitation à carrière complète à un pourcentage du SMIC net.
Malgré ces dispositifs, les pensions restent modestes : en 2025, un ancien chef d'exploitation à carrière complète percevait en moyenne environ 938 € brut par mois hors complémentaire, et près de 77 % des retraités agricoles avaient cotisé dans au moins un autre régime. La plupart sont donc polypensionnés : la liquidation unique des régimes alignés s'applique désormais aux carrières mixtes agricole / salarié / indépendant, avec un seul calcul pour ces régimes.
Démarches et points de vigilance
La retraite agricole n'est pas automatique : il faut la demander, idéalement 4 à 5 mois avant la date de départ souhaitée, via le service « Demander ma retraite » de la MSA ou sur info-retraite.fr, qui couvre tous les régimes en une seule démarche. Un simulateur intégrant le nouveau calcul est disponible depuis fin 2025 sur le site de la MSA.
Trois vérifications s'imposent. Le relevé de carrière d'abord : les revenus agricoles anciens sont parfois mal reportés, or ils déterminent désormais les 25 meilleures années. L'articulation avec les autres régimes ensuite, la majorité des agriculteurs ayant eu une activité salariée. Enfin, pour les conjoints, le statut de conjoint collaborateur ouvre des droits propres qu'il faut avoir fait enregistrer. En cas de doute, la MSA propose un entretien information retraite gratuit, particulièrement utile la première année d'application de la réforme.
La réforme des 25 meilleures années est une avancée réelle, mais son bénéfice est très inégal : elle profite surtout aux exploitants dont les revenus ont fortement fluctué, et beaucoup moins à ceux dont les revenus sont restés bas et réguliers, pour qui la moyenne des 25 meilleures années diffère peu de la moyenne de carrière. Notre conseil : ne surestimez pas le gain avant de l'avoir simulé sur le nouvel outil MSA, et surtout, contrôlez vos revenus reportés année par année, car ce sont eux qui composent désormais la base. Pour les nombreux agriculteurs polypensionnés, l'enjeu se joue autant dans les autres régimes que dans le régime agricole lui-même.
Sources et limites
- MSA : réforme de la retraite des exploitants (25 meilleures années)
- Service-Public.fr : retraite de base d'un exploitant agricole
Les montants et conditions évoluent chaque année et dépendent de votre régime, de votre âge et de votre carrière. Vérifiez votre situation personnelle avant toute démarche.